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L'Islande décidera samedi si son avenir est au sein de l'UE
information fournie par Reuters 26/08/2026 à 08:00
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par Stine Jacobsen et Tom Little

Il y a cinquante ans, Gylfi Geirsson et Sigurbjorn Svavarsson coupaient les câbles des chaluts britanniques et échappaient à la Royal Navy à bord de petits navires des garde-côtes, utilisant des tactiques de guérilla pour tenir les flottes étrangères à l'écart.

L'Islande est sortie victorieuse de ces affrontements connus sous le nom de "guerres de la morue" et le contrôle de ces eaux est devenu le fondement de son économie.

Un demi-siècle plus tard, la crainte de perdre ce pouvoir est au coeur du référendum du samedi 29 août sur une réouverture des négociations d'adhésion à l'Union européenne (UE).

Pour beaucoup, il s'agit de savoir si des taux d'intérêt plus bas et une place à la table européenne justifient de céder une partie du contrôle des pêcheries et de l'autodétermination, les bases de l'indépendance islandaise depuis la séparation du Danemark il y a huit décennies.

INQUIÉTUDES LIÉES À TRUMP ET AU COÛT DE LA VIE

Le débat reste centré sur les droits de pêche, mais porte aussi sur le coût de la vie et les menaces du président américain Donald Trump de prendre le contrôle du Groenland voisin, ce qui soulève des interrogations sur la défense de l'Islande.

"Ce que je vois aujourd'hui, c'est la crainte de perdre le contrôle de ce pour quoi nous nous sommes battus", a déclaré Sigurbjorn Svavarsson, second à bord du navire des garde-côtes, au plus fort des guerres de la morue. Il devrait voter contre la reprise des négociations.

L'Islande a déposé sa candidature à l'UE en 2009, après l'effondrement de son système bancaire l'année précédente. Quatre années de négociations plus tard, un gouvernement eurosceptique a suspendu le processus en 2013.

SONDAGES PARTAGÉS

"Je voterai certainement oui", a déclaré Gylfi Geirsson, opérateur radio lors des affrontements avec le Royaume-Uni, qui a ensuite représenté l'Islande dans des négociations internationales sur la pêche.

"Nous ne pouvons pas être une île isolée au milieu de nulle part. Nous devons coopérer avec les pays voisins", a-t-il dit, ajoutant vouloir connaître les termes d'un éventuel accord avant de se prononcer définitivement.

Il voterait toutefois contre l'entrée dans l'UE si l'Islande devait perdre le contrôle de ses zones de pêche.

"J'aurais l'impression que tout ce que j'ai fait étant jeune n'a servi à rien", a-t-il ajouté.

Selon un sondage Gallup publié ce mois-ci, 46% des électeurs soutiennent la reprise des négociations et 46% s'y opposent, tandis que 8% restent indécis. Les sondages montrent toutefois qu'une majorité est opposée à une adhésion effective à l'Union.

PÊCHE, SYMBOLE DE SOUVERAINETÉ

La pêche demeure un pilier de l'économie et de l'identité islandaises, aux côtés de l'aluminium et du tourisme. Une grande partie de la morue servie dans les "fish and chips" britanniques provient aujourd'hui des eaux islandaises, héritage du conflit auquel Gylfi Geirsson et Sigurbjorn Svavarsson ont participé.

Heidrun Marteinsdottir, directrice de l'organisation Fisheries Iceland, indique que le secteur transforme l'intégralité de ses prises en Islande plutôt que d'exporter du poisson brut. L'application de la politique commune de la pêche de l'UE pourrait, selon elle, remettre en cause ce modèle.

"Nous conservons 100% des profits en Islande et nous voulons que cela reste ainsi", a-t-elle déclaré.

"La pêche est devenue un symbole de la souveraineté islandaise", a déclaré Eirikur Bergmann, professeur à l'université de Bifröst.

Selon lui, aucun ministre des Affaires étrangères ne pourrait signer un traité cédant le contrôle de la pêche. "Cette personne serait expulsée du pays", a-t-il dit.

Pour d'autres, l'enjeu va au-delà du poisson. "Nous avons autrefois été une colonie danoise", a dit Floki, designer de Reykjavik. "Je pense qu'il s'agit avant tout de garder le contrôle de nos propres choix et décisions".

SÉCURITÉ ET RUSSIE

L'Islande se trouve sur le passage Groenland-Islande-Royaume-Uni, ou GIUK, que l'Otan (Organisation du traité de l'Atlantique nord) considère comme essentiel à la surveillance des mouvements de la Russie vers l'océan Atlantique.

Le pays nordique ne dispose pas d'armée et sa défense repose sur l'Otan ainsi que sur un accord bilatéral avec les États-Unis, signé en 1951.

Selon des experts, les droits de douane imposés par Donald Trump et ses menaces sur le Groenland ont amené les Islandais à réévaluer des certitudes de longue date, même si la décision d'organiser ce référendum est antérieure à son second mandat.

"L'affaire du Groenland a poussé les Islandais à réexaminer leur relation avec les États-Unis et à se demander s'ils sont encore un partenaire fiable. Cela n'avait jamais été une préoccupation jusqu'à présent", a indiqué Eirikur Bergmann.

La ministre des Affaires étrangères, Thorgerdhur Katrin Gunnarsdottir, a déclaré à Reuters que l'Otan et l'accord avec Washington resteraient le fondement de la sécurité islandaise quel que soit le résultat du scrutin, mais l'adhésion à l'UE pourrait néanmoins constituer "un atout important", notamment sur le plan de la sécurité économique.

"Nous sommes déçus par la campagne de pression menée contre les Groenlandais et le Danemark", a-t-elle dit au sujet des menaces de Donald Trump.

La principale inquiétude reste toutefois la Russie, a-t-elle ajouté, citant la guerre en Ukraine et ses activités maritimes dans les eaux islandaises et à proximité, dans l'Atlantique Nord.

(Rédigé par Stine Jacobsen et Tom Little avec la contribution de Louise Rasmussen; Version française par Aleksandra Kret, édité par Benoit Van Overstraeten)

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